Définition du dictionnaire :

  • humanitaire : « qui recherche le bien de l’humanité, qui lutte pour le respect de l’être humain »
  • aide : « secours, assistance, protection »

L’aide humanitaire serait donc l’action de porter secours, assistance et protection en vue du bien de l’humanité et de lutter pour le respect de l’être humain

Comment une activité humaine peut devenir une activité humanitaire ? Prenons pour l’exemple la médecine.

On peut qualifier la médecine d’humaine

  • parce qu’elle a pour but de soigner des hommes (par opposition à une médecine vétérinaire)
  • parce qu’elle est pratiquée par des hommes ( et non par des machines ou des robots) La médecine peut être plus ou moins humaine en introduisant dans le mot humain les notions d’empathie, de compassion, d’amour du prochain….

Mais la médecine devient humanitaire quant le couple soigné – soignant (d’une façon plus générale aidant – aidé) répond à certains critères

1/ le soigné : il n’a pas accès aux soins dont il a besoin ici et maintenant quel qu’en soient les raisons (catastrophes naturelles, incidence climatique, conflits armés, épidémie, précarité économique, …) mais qui toutes témoignent d’une faillite des institutions qui devraient assurer ces soins.

2/ le soignant : il va se déclarer volontaire pour apporter ses soins afin de corriger cette défaillance des institutions. Il peut s’agir d’individus ou de groupement (Etat, ONG ou association) ; certains le feront de façon bénévole ( c’est-à-dire en dehors et surtout en plus de leur activité professionnelle), d’autres en feront leur métier. Mais dans tous les cas, il faut insister sur le caractère volontaire de l’engagement de l’aidant : rien ne l’y oblige si ce n’est la volonté d’aider son prochain. C’est sur cette volonté que repose toute l’essence de l’humanitaire. Le moteur de cette volonté est sûrement psychologique tenant à la personnalité de chacun, mais il ne faut pas écarter les convictions religieuses, philosophiques ou politiques dans les motivations des aidant.

L’aide humanitaire serait donc l’engagement volontaire d’hommes ou de groupement d’hommes pour porter secours, assistance et protection à d’autres hommes ou groupement d’hommes qui, par faillite de la société dans laquelle ils vivent et qui aurait le devoir de les secourir, assister et protéger, se trouvent démunis pour faire face aux exigences de la vie courante du fait de facteurs indépendants de leur volonté.

Les domaines de l’aide humanitaire touchent les droits fondamentaux qui assurent le respect de l’être humain : droit à la santé, à la suffisance alimentaire, à l’accès à une eau potable, à un travail rémunérateur, à la connaissance, à la liberté d’expression, au libre-arbitre, au respect et à la protection des femmes, des enfants, des minorités

Mais pour être humanitaire, l’aide apportée doit répondre à certains critères qui peuvent s’appliquer tant à l’aidant qu’à l’aidé :

  • répondre à une demande exprimée et à un besoin réellement identifié ;
  • s’adresser à tous les individus dans la zone d’intervention, sans critères de distinction ;
  • ne pas être imposée ni faire l’objet d’un chantage : je t’aide si tu te convertis à mes idées, à ma religion ; l’état X aide l’état Y s’il peut dilapider les ressources de celui-ci.
  • être désintéressée : ne pas en tirer de profit financier ou une gloire personnelle, pas d’enrichissement de certains aidés au détriment d’autres, pas de prosélytisme religieux ou politique
  • ne pas être un alibi pour se donner bonne conscience et rester aveugle aux causes des dysfonctionnements : pour un occidental, faire de l’humanitaire en Afrique ne doit pas être vécu comme un devoir de repentance vis-à-vis du passé colonial ou esclavagiste ; c’est essayer d’apporter une correction aux défaillances des états postcoloniaux européens et africains à prendre en charge la totalité de leur population dans les domaines essentiels (santé, éducation, économie, etc…)
  • être mise en place de façon temporaire : l’aide humanitaire ne doit pas se substituer aux institutions défaillantes ; justifier par des défaillances, l’humanitaire ne doit pas les entretenir encore moins les cautionner ! C’est là le risque de professionnaliser l’aide humanitaire qui pourrait être une dérive vers une sorte de néo-colonialisme.

Donc l’aide humanitaire nécessite une éthique et de la rigueur : pas de place aux amateurs, aux aventuriers, aux escrocs, aux profiteurs…. L’aide humanitaire est une action morale.

Elle implique des devoirs de la part des acteurs de cette aide :

  • le donateur : son don doit être fait sans arrières pensés (publicité, markéting, flatter son ego) ; il a le devoir de s’assurer de la bonne utilisation de son don
  • l’association ou l’organisme humanitaire : doit s’engager à mener à bien les actions pour lesquelles il a sollicité le don sans dépenses ni frais ostentatoires , rendre des comptes aux donateurs, respecter la dignité des populations aidées, veiller à ce que l’aide soit distribuée sans discrimination, que l’aide apportée entre dans les objectifs de développement du pays concerné
  • les bénéficiaires de l’aide : respecter le travail fait en amont par l’association, entretenir et veiller au bon fonctionnement des matériels donnés ou des bâtiments construits, ne pas détourner à son profit une aide destinée à toute la communauté, accepter de rendre des comptes, suivre les recommandations faites même si elles doivent bousculer des idées reçues ou traditionnelles dans la mesure où elles peuvent améliorer objectivement la situation de chacun,

S’engager dans une aide humanitaire, c’est réveiller sa conscience politique : c’est se donner les moyens de corriger les défaillances d’un système politique, religieux ou culturel ayant des conséquences sur les droits fondamentaux d’un groupe humain dans un lieu donné.

Se pose alors le problème du droit d’ingérence qui ne se justifie que si l’aide apportée ne s’accompagne pas de la correction, par leurs auteurs, des défaillances ayant abouti à cette aide.

L’action humanitaire nécessite donc que l’aidant et l’aidé soit dans une même démarche désintéressée au profit et pour le bien de tous ; celui qui donne et celui qui reçoit ont les mêmes responsabilités vis-à-vis de la communauté : c’est d’arriver à un équilibre et au partage équitable des biens de ce monde, et donc à ce qu’il n’y ait plus rien à donner, plus rien à recevoir. Dans un monde idéal, l’action humanitaire n’aurait pas sa place.

Conclusions :

L’aide humanitaire est une laïcisation de la Charité : vertu chrétienne, la charité est l’amour de Dieu et son prochain, c’est un acte de bonté, de générosité fait envers autrui. Elle se rapproche de la compassion des Bouddhistes, l’aumône des Musulmans (un des cinq piliers de l’Islam).

L’aide humanitaire est un Humanisme car elle met au premier plan de ses préoccupations le développement des qualités essentielles de l’être humain.

Docteur François Rabouam

Comments are closed.

Post Navigation