Après plus d’un siècle d’actions de type humanitaire en Afrique, le bilan semble dérisoire, rien sur le terrain ne montre une quelconque amélioration, et l’espoir de voir ce grand continent rejoindre le giron des pays ayant un niveau sanitaire ne serait ce qu’acceptable, semble bien faible. Pour avoir parcouru l’Afrique du Nord et de l’Ouest au cours de quelques aventures, dans les années 70-80, ce fait m’a sauté aux yeux. Quel que fut l’endroit ou le pays traversé, si un dispensaire existait, il était vide, si une maternité était présente, elle n’avait aucun matériel, si un hôpital résistait, il était déserté.

Constatations qu’un jeune baroudeur ne pouvait qu’entériner, mais qu’un médecin avait du mal à accepter comme un dogme, une donnée inéluctable ; comme si un mauvais sort planait dorénavant sur la brousse. « Pourquoi ? Tant d’énergie, de travail, d’investissement menés sur place par des hommes pour le moins renommés (comment pourrait-on oublier les Schweitzer, Dunant, Follereau, …) et avec le moyen d’organismes comme l’O.M.S, la Croix Rouge, les ONG internationales, tout restait stérile ? Le continent magique était-il donc damné et condamné ? Fallait-il donc des milliards de dollars afin que les enfants africains ne tombent comme mouche devant la moindre maladie ? »

Lorsqu’en 1982 mon installation m’a plongé dans la médecine pratique du Sud de la France, avec son opulence en moyens et son gaspillage en médication alors largement généralisé, je n’avais qu’une envie, qu’un désir, reverser ce surplus là où il n’y avait rien, ou si peu. En 1988, ma participation à une folle course qui traversait Sahel et Sahara, me propulsait dans l’action. Etant promu organisateur de l’assistance médicale pour l’année suivante, je m’engageais avec l’assurance de pouvoir mener conjointement une action humanitaire en Côte d’Ivoire, lieu du prochain départ. L’organisation de la sécurité de la course et de la mission humanitaire occupa toute l’année 89. Le ministère de la santé ivoirienne nous allégea un village enclavé, sous-préfecture du nom de Bettié, en pays Agni. A deux mois du départ, le principal sponsor fit capoter le projet en refusant son financement qui s’élevait alors à la modique somme de 10 millions de francs, dont 50 000 alloués à l’action humanitaire. Ne pouvant accepter de renoncer à cette mission, je déposais le 1er janvier 1990, les statuts d’une association loi 1901 à la sous-préfecture de Grasse

Ainsi naquit « Terre d’Azur », qui se composait de 6 membres tous partants, tous membres du bureau, tous néophytes en matières d’actions de ce type, mais tous désireux de tenter l’aventure.

Le but fixé était de sauver au moins un enfant de l’inéluctable sort dicté par une sélection dite naturelle. Cette première équipe qui avait tout pour échouer, a fait une mission exemplaire avec plus de 1000 consultations médicales, le transport et la prescription d’une tonne de médicaments, auprè d’une population qui n’avait pas vu d’Aspirine depuis de longues années, et dont la mortalité infantile s’élevait à 20%.

J’aimerais remercier les Drs Baraket, Kong, Douvry, Biju-Duval ainsi que Jean-Loup Voyer qui m’ont permis de réaliser un rêve : prouver qu’avec un simple « bon vouloir », il reste possible d’apporter un peu d’aide, un peu d’amour, un peu de Terre d’Azur, en Terre d’Ailleurs. Rien n’aurait pu voir le jour sans le soutient inconditionnel de Patricia Braun et l’aide effective de M. André Aschiéri.

Les bases d’action, éthiques et morales, qui ont procédé à la naissance de Terre d’Azur, étaient et restent simples : Non, l’Afrique n’est pas un sous-continent où toute action est vouée à l’échec Non, l’Afrique ne peut être abandonnée par les pays nantis, sur le bord du chemin, comme un pèlerin blessé et impotent.

Oui, les Africains sont aptes à prendre en charge LEURS problèmes de santé. Mais peut être faut-il d’abord en parler avec eux, réfléchir avec eux, et non pas imposer un quelconque avis, ou une quelconque solution venue du grand pays riche et blanc.

Combien d’actions ont échoué du simple fait d’un manque de communication, d’une simple évidence : il est difficile de trouver des solutions miracles à Genève, Paris ou Londres pour un problème humain destin à un groupe d’êtres localisés à Béttié, en pays Agni, où vivent une dizaine d’ethnies ayant une histoire, un mode de vie si différent ; un royaume qui gère plusieurs milliers de vies.

Oui, l’exemple est un bon moyen d’éducation. Ainsi, les habitants de Béttié n’ont jamais oublié cette poignée de médecins qui, de 7 h 00 du matin à 23 h 00 le soir soignaient, soulageaient, traitaient, toute personne venue simplement en faire la demande. Leur investissement a décuplé après cette mission.

Oui, le bénévolat total est indispensable, car plus que vertueux, c’est un puissant levier d’actions auprès des populations. Non, il n’est pas besoin de millions de dollars pour que les choses changent, que le niveau sanitaire devienne décent, que les enfants ne meurent pas de plaies surinfectées, de rougeole, de carences en vitamines.

En cette année 2000, je tiens beaucoup à remercier tous les membres de Terre d’Azur, la quelque centaine de médecins, infirmières, kinésithérapeutes, et non médicaux qui ont pu démontrer, preuve à l’appui, que ces simples bases étaient les plus sages, les plus aptes à rendre possible, crédible et efficace, une action humanitaire médicale. Bien sûr, l’Afrique n’est pas sauvée pour autant, mais dans un petit coin d’Afrique, la mortalité infantile annuelle a été divisée par 10, et j’ose espérer de façon définitive.

Ainsi, en ce début de millénaire, est-il peut-être possible d’entrevoir un avenir meilleur dans la répartition des droits à la santé sur la petite planète bleue, pour que Terre d’Azur elle devienne.

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